Public ou privé : ce que dit vraiment la recherche sur la réussite des enfants
C'est la question qui revient à chaque dîner, à chaque sortie d'école. Tout le monde a un avis tranché. Presque personne n'a de chiffres. Nous sommes allés voir ce que dit réellement la recherche.
C'est la question qui revient à chaque dîner, à chaque sortie d'école, à chaque conversation entre parents d'enfants de trois ans. Tout le monde a un avis tranché. Presque personne n'a de chiffres. Alors nous sommes allés voir. Nous avons lu les rapports de la Cour des comptes, les indicateurs de la Direction de l'évaluation du ministère, les résultats de PISA, les travaux des économistes de l'éducation. Nous avions un a priori, comme tout le monde, et nous en sommes revenus avec une réponse qui n'est ni « oui » ni « non ». C'est précisément ce qui la rend utile.
1. Les résultats bruts : oui, le privé fait mieux
Commençons par donner raison à votre intuition, parce qu'elle repose sur quelque chose de réel.
En France, l'enseignement privé sous contrat accueille un peu plus de deux millions d'élèves, soit environ 17,6 % des effectifs scolarisés, répartis dans plus de 7 500 établissements. L'enseignement catholique y est massivement dominant, avec près de 96 % des élèves. Ce n'est pas un secteur marginal : c'est un pan entier du système éducatif français, largement financé par des fonds publics depuis la loi Debré de 1959.
Et partout où l'on mesure, ce secteur affiche de meilleurs résultats. Taux de réussite au brevet, taux de mentions au baccalauréat, scores aux évaluations internationales : l'écart existe, il est visible, il est constant. Lors de l'enquête PISA 2022, les élèves français scolarisés dans le privé ont obtenu en mathématiques des résultats supérieurs de 27 points à ceux de leurs camarades du public. Vingt-sept points, dans l'échelle PISA, ce n'est pas un détail statistique. Cela représente environ une année de progression scolaire.
Si l'on s'arrêtait là, l'affaire serait entendue. Le privé fait mieux, il faut y aller.
C'est exactement l'erreur que commettent la plupart des classements que vous trouverez en ligne. Et c'est une erreur de débutant.
2. Le problème : on ne compare pas les mêmes enfants
Imaginez deux coureurs sur une piste. On chronomètre leur course, et le premier arrive nettement devant. Vous en concluez qu'il court plus vite. Sauf qu'il était parti trente mètres devant la ligne de départ.
C'est très exactement ce qui se passe quand on compare les résultats du public et du privé. Les deux secteurs n'accueillent pas les mêmes enfants, et l'écart de départ est considérable.
Les chiffres de la Cour des comptes, qui a consacré en 2023 son premier rapport thématique à l'enseignement privé sous contrat, sont sans ambiguïté. La part des élèves issus de familles favorisées ou très favorisées y est passée de 41,5 % des effectifs en 2000 à 55,5 % en 2021. Autrement dit, plus d'un élève sur deux du privé sous contrat vient aujourd'hui d'un milieu socialement favorisé. À l'inverse, les élèves boursiers représentaient 11,8 % des effectifs du privé en 2021, contre 29,1 % dans le public. La Cour parle d'un « net recul » de la mixité sociale sur une vingtaine d'années.
Depuis 2022, le ministère publie un indicateur qui a changé le débat : l'indice de position sociale, ou IPS. Il traduit en un chiffre le profil socio-professionnel des familles d'un établissement. À Paris, l'IPS moyen des écoles publiques tourne autour de 118, contre environ 143 dans le privé sous contrat. Vingt-cinq points d'écart, l'un des plus élevés de France.
Or l'origine sociale est, de très loin, le premier prédicteur de la réussite scolaire. Bien avant le type d'établissement. Bien avant la pédagogie. Bien avant tout le reste.
Que se passe-t-il alors quand on neutralise cet écart de départ, quand on compare enfin des enfants comparables ?
La réponse de PISA 2022 est brutale. Une fois pris en compte le profil socio-économique des élèves et des établissements, l'avantage des établissements privés disparaît. Il s'inverse même : les élèves du public obtiennent alors des résultats supérieurs de 21 points en mathématiques. Ce résultat n'est d'ailleurs pas une bizarrerie française. Dans la moyenne des pays de l'OCDE, l'écart après contrôle joue également en faveur du public, d'environ 11 points.
Prenez le temps de relire cette phrase. Les 27 points d'avance du privé ne sont pas seulement effacés. Ils se retournent.
Comprendre l'IPS en trois minutes
L'indice de position sociale est une note attribuée à chaque école, chaque collège, chaque lycée, à partir des catégories socio-professionnelles des parents d'élèves. Plus il est élevé, plus le public accueilli est favorisé. La moyenne nationale se situe autour de 100. Longtemps gardé confidentiel par le ministère, il n'a été rendu public qu'en 2022, à l'issue d'un bras de fer juridique. Il est aujourd'hui consultable librement en données ouvertes, établissement par établissement. C'est l'outil le plus honnête dont dispose un parent pour savoir quel milieu social il s'apprête à fréquenter.
3. Alors le privé n'apporte rien ? Pas si vite
C'est ici que la plupart des articles s'arrêtent, avec un air de triomphe. Nous allons continuer, parce que la réalité est plus intéressante que le slogan.
Le fait que l'avantage brut du privé s'explique par le profil des élèves ne prouve pas qu'un établissement privé n'apporte rien. Cela prouve seulement que la comparaison brute ne prouve rien. Ce n'est pas la même chose.
Pour mesurer ce qu'un établissement apporte réellement, les statisticiens du ministère ont construit ce qu'on appelle les indicateurs de valeur ajoutée : les IVAL pour les lycées, les IVAC pour les collèges. Le principe est élégant. On calcule, pour chaque établissement, le résultat qu'il devrait obtenir compte tenu du profil social et du niveau initial de ses élèves. Puis on compare ce résultat attendu au résultat réel. L'écart, positif ou négatif, est la valeur ajoutée de l'établissement.
Et là, les conclusions divergent. Sincèrement.
D'un côté, l'économiste Julien Grenet, l'une des références françaises sur ces questions, conclut de ses travaux qu'une fois l'origine sociale prise en compte, la valeur ajoutée du privé aux examens est très faible, voire inexistante.
De l'autre, des analyses des données IVAC trouvent en moyenne une valeur ajoutée positive dans le privé au brevet, là où elle est légèrement négative dans le public. Et une analyse publiée en 2026, qui suit les élèves dans le temps plutôt que de les photographier à un instant donné, observe qu'à milieu social comparable, les élèves scolarisés dans le privé progressent davantage entre le début et la fin du collège.
Faut-il en conclure que le privé apporte finalement quelque chose ? Peut-être. Mais un contre-argument sérieux doit être posé sur la table, et nous n'allons pas l'escamoter sous prétexte qu'il dérange.
Ce contre-argument, c'est l'écrémage. Un établissement qui sélectionne à l'entrée, puis qui oriente vers l'extérieur ses élèves les plus fragiles en cours de scolarité, améliore mécaniquement ses statistiques de sortie sans avoir fait progresser qui que ce soit. Les organisations syndicales du public dénoncent régulièrement ce phénomène, et l'accusation n'est pas gratuite : la Cour des comptes relève que le privé refuse chaque année entre 30 000 et 40 000 élèves. Une partie de la « performance » du privé n'est pas produite par son enseignement. Elle est produite par sa porte d'entrée, et parfois par sa porte de sortie.
Où cela nous laisse-t-il ? À une conclusion inconfortable, mais que nous assumons : un effet propre du privé existe peut-être. S'il existe, il est modeste, il varie énormément d'un établissement à l'autre, et il est en partie fabriqué par la sélection elle-même. Quiconque vous dira mieux que cela, dans un sens ou dans l'autre, dépasse ce que les données autorisent.
4. Le grand angle mort : la recherche ne parle presque pas du primaire
Il faut maintenant dire une chose que nous n'avons lue nulle part, et qui devrait pourtant figurer en tête de tous les articles sur le sujet.
Tout ce que vous venez de lire porte sur le collège et sur le lycée.
Pas sur la maternelle. Pas sur l'élémentaire.
La raison est simple et purement technique : la recherche a besoin de résultats comparables, et les résultats comparables, ce sont les examens nationaux. Le brevet, le baccalauréat. Il n'existe rien de tel en petite section, ni en CE2. Les évaluations nationales de CP, de CE1 et de CM1 fournissent bien quelques données, mais elles ne permettent pas d'isoler un effet causal de l'établissement, et personne de sérieux ne prétend le contraire.
La conséquence est vertigineuse, et elle est libératrice.
Personne ne peut vous démontrer, chiffres en main, qu'une école privée sélective fera mieux réussir votre enfant de quatre ans. Personne. Ni nous, ni les écoles, ni les classements, ni la voisine qui vous parle avec assurance de « niveau » et de « bases solides ». Ceux qui l'affirment avec certitude ne s'appuient sur rien, ou ils vous vendent quelque chose.
Faut-il en conclure que le choix de l'école ne compte pas ? Non. Absolument pas. Mais il faut arrêter de regarder au mauvais endroit.
5. Ce que la recherche établit vraiment, et qui devrait vous intéresser
Sortons de la guerre public/privé, qui est un débat politique déguisé en question parentale. Voici ce que la recherche en éducation documente solidement, et qui concerne directement votre enfant.
L'effet-maître écrase l'effet-établissement
C'est le résultat le plus robuste et le plus systématiquement ignoré. Les écarts de progression entre deux enseignants d'une même école sont plus importants que les écarts entre deux écoles. La qualité de la personne qui se tient devant la classe pèse davantage que le nom gravé sur la façade.
Ce qui signifie, très concrètement, que votre enfant peut vivre une année magnifique dans une école ordinaire, et une année terne dans un établissement prestigieux. Et qu'aucune procédure d'admission au monde ne vous garantit le bon enseignant.
La taille des classes : un effet réel, mais mal compris
Les grandes expérimentations, à commencer par le projet STAR au Tennessee, ont établi qu'une réduction forte des effectifs produit des gains réels, mais à trois conditions : que la réduction soit substantielle, qu'elle intervienne dans les toutes premières années de scolarité, et elle bénéficie surtout aux élèves les plus fragiles.
Au passage, corrigeons un mythe tenace : il est faux d'affirmer que les classes du privé sont systématiquement plus petites que celles du public. Certaines le sont. Beaucoup ne le sont pas. Demandez le chiffre exact, école par école, plutôt que de croire l'idée reçue.
L'effet de pairs : réel, et plus faible qu'on ne l'imagine
Être entouré d'enfants engagés, curieux, soutenus par leur famille, a un effet mesurable. C'est probablement l'un des vrais apports d'un environnement sélectif. Mais cet effet est nettement plus modeste que ne le suppose l'intuition parentale, qui en fait souvent l'argument principal.
Le gros poisson dans le petit bassin
Voici le point que presque personne n'ose écrire, et qui devrait pourtant figurer dans toute décision honnête.
Le psychologue Herbert Marsh a documenté un phénomène qu'il a appelé l'effet « gros poisson, petit bassin ». À niveau strictement égal, un enfant placé dans un environnement très sélectif développe une image de soi scolaire plus basse qu'un enfant placé dans un environnement ordinaire. La raison est simple : il ne se compare plus aux mêmes camarades.
Traduisons. Votre fille, qui était la meilleure de sa classe, devient moyenne. Elle ne perd pas seulement un rang. Elle peut perdre confiance. Et l'image qu'un enfant se fait de ses propres capacités est l'un des moteurs les plus puissants de ses apprentissages futurs.
Ce n'est pas une raison de renoncer à une école exigeante. C'est une raison de le savoir avant d'y entrer, et de préparer l'enfant à cette bascule.
Ce que la recherche ne mesure pas
Enfin, une note d'humilité. Le bien-être quotidien, le sentiment d'appartenance, la qualité de la relation entre une famille et une équipe pédagogique, la stabilité des enseignants, les amitiés qui se nouent, le plaisir d'aller à l'école le matin : rien de tout cela n'apparaît dans les indicateurs.
Ce n'est pas parce que quelque chose est difficile à quantifier que cela ne compte pas. C'est souvent l'inverse.
Cinq leviers documentés, par ordre d'effet décroissant
- Le milieu familial et l'origine sociale. De loin le premier facteur, et il ne dépend d'aucune école.
- La qualité de l'enseignant. Le premier levier proprement scolaire.
- L'image que l'enfant se fait de ses propres capacités.
- L'effet du groupe de pairs.
- Le type d'établissement, public ou privé, en tant que tel. Le plus faible des cinq.
6. La bonne question n'est pas « lequel est meilleur ? »
Nous arrivons au bout, et il est temps de dire pourquoi cette question, que nous avons prise au sérieux pendant deux mille mots, est malgré tout une mauvaise question.
Parce qu'elle compare des moyennes. Or vous n'élevez pas une moyenne. Vous élevez un enfant. Un enfant précis, avec un tempérament, un rythme, des fragilités, un besoin de cadre ou un besoin d'air, une façon bien à lui d'apprendre et de se décourager.
La moyenne du privé ne vous dit rien de l'école de la rue d'à côté. La moyenne du public ne vous dit rien de l'enseignante de moyenne section qui va peut-être transformer l'année de votre fils.
La seule question qui vaille est celle-ci : cet établissement précis, avec cette équipe, ce projet, ce rythme, convient-il à cet enfant-là, dans cette famille-là ?
C'est une question plus difficile. Elle ne se résout pas avec un classement. Elle demande d'observer son enfant honnêtement, de regarder les écoles telles qu'elles sont plutôt que telles qu'on les rêve, et d'accepter qu'un établissement magnifique puisse être, pour votre enfant, une mauvaise école.
Disons-le clairement, puisque c'est le fondement de tout ce que nous écrivons ici : nous ne sommes pas les avocats du privé. Nous aidons les familles qui ont fait ce choix à le faire bien, et nous aidons celles qui hésitent à décider en connaissance de cause. Y compris, parfois, à renoncer. L'école publique française scolarise des millions d'enfants heureux et bien formés, et les données que nous venons de parcourir lui rendent, sur bien des points, un hommage que ses détracteurs feraient bien de lire.
Le privé sélectif n'est pas un raccourci vers la réussite. C'est un cadre, qui convient très bien à certains enfants et très mal à d'autres.
Votre travail n'est pas de trouver la meilleure école. Il est de trouver la sienne.
Ce qu'il faut retenir
- Les résultats bruts du privé sont meilleurs. C'est vrai, c'est mesuré, et cela s'explique très largement par le profil des élèves accueillis, pas par la qualité de l'enseignement.
- Une fois l'origine sociale prise en compte, l'avantage s'efface, et peut même s'inverser : à PISA 2022, les élèves français du public devancent alors ceux du privé de 21 points en mathématiques.
- Un effet propre du privé existe peut-être, mais il est faible, très variable d'un établissement à l'autre, et en partie produit par la sélection à l'entrée comme par l'orientation des élèves fragiles vers la sortie.
- Au primaire, aucune étude sérieuse ne permet de trancher. Toute la recherche porte sur le collège et le lycée. Méfiez-vous de qui affirme le contraire avec assurance.
- Ce qui est solidement documenté, c'est le poids de l'enseignant, celui du groupe de pairs, et celui de l'image que l'enfant se fait de lui-même. C'est là, et nulle part ailleurs, que se joue la vraie décision.
Sources
- Cour des comptes, L'enseignement privé sous contrat, rapport public thématique, juin 2023.
- OCDE, Résultats du PISA 2022, volume II, décembre 2023.
- DEPP, ministère de l'Éducation nationale : indicateurs de valeur ajoutée des collèges (IVAC) et des lycées (IVAL) ; indices de position sociale (IPS) des écoles, collèges et lycées, données ouvertes.
- Travaux de Julien Grenet sur la valeur ajoutée des établissements et la ségrégation scolaire.
- Herbert W. Marsh, travaux sur le big-fish-little-pond effect et le concept de soi scolaire.
- Projet STAR (Tennessee) sur les effets de la taille des classes dans les premières années de scolarité.
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